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« Dans le jour doit passer la nuit ; la nuit qui se fait jour rend la lumière plus riche et fait de la clarté, au lieu de la scintillation de la surface, le rayonnement venu de la profondeur. »1

Qui saurait-dire si du jour ou de la nuit sont éclairées les oeuvres de Giulia Zanvit ?
Qui saurait-dire si des rayons du soleil ou de la fluorescence de la lune sont habillées les couleurs de ses toiles ?
Au travers des rouges, des bleues, des blancs et des noirs, s’érige un monde en soi, pluridimensionnel, dont les lignes et les courbes des corps accidentés et escarpés s’introduisent à la manière de la montagne et du récif. L’un comme l’autre, dans le jeu du temps et de l’espace, s’éloignent et se rassemblent en un point terrestre, lieu d’une infinie rencontre.

La rencontre justement, L’heure bleue en a sonné l’occasion !

Chacune des toiles de Giulia Zanvit invite à la découverte, à regarder non pas un paysage montagneux, mais à être ce corps solitaire qu’est la montagne, à la fois dangereuse et fragile. Seule, nue, torturée, les lignes abîmées de ses flancs continuent malgré tout de dresser vers les nuages son imposante figure ; et de faire d’elle le témoin éternel des mouvements du monde. Spectatrice silencieuse de la rencontre entre la terre et le ciel, entre le jour et la nuit, la montagne est une retraite à part entière, un isolement nécessaire pour prendre de la hauteur et surplomber ce qui est présent à soi et le comment de notre présence aux choses.

Métaphore ? Sûrement pas. La montagne reste un relief et l’artiste la créatrice. Mais les courbes et les traits secs de ses représentations transcendent les lignes de la nature et échappent à l’immobilité de la figuration. Chaque tache, chaque trace retrouvent l’impulsion primitive d’une peinture primordiale et nécessaire ; celle d’une toile originelle, semblable aux fresques pariétales, témoins des premières perceptions du monde. Car le geste de Giulia est précis, vivant, rythmique, fort d’un langage qui donne à la nature, à l’Homme et à elle-même un espace pour subsister, ensemble. On ne regarde pas un paysage, on ne regarde pas l’artiste, mais le lieu commun d’une rencontre où, chacun d’eux, formulent et justifient l’existence de l’autre.

Cependant les fissures béantes, les cavités profondes et les ciels immaculés, créent tour à tour une opposition entre les vides et les pleins, façonnant l’espace de ses tableaux à la manière d’une énigme. Comment traverser ? Les silhouettes colossales et abruptes des montagnes laissent peu de place à l’horizon, pourtant promesse d’un nouveau séjour. Rien de décourageant malgré tout : les sphères lumineuses dans la partie supérieure des toiles ; parfois soleil, parfois lune ; font l’effet de cibles à atteindre, d’une ouverture, d’un ailleurs, d’un advenir possible, nécessaire et salvateur.

Véritable invitation au voyage, les couleurs, les traits, les lignes et les motifs des dessins de Giulia Zanvit sont la promesse d’une excursion singulière : celle d’un parcours au travers du dehors et de l’intime, traversant tour à tour l’Homme et le paysage. L’incertitude du périple entre les gouffres et les sommets révèle l’intérêt de l’artiste pour cet équilibre délicat entre l’Homme et les énigmes de la nature, cultivant l’introspection.
Aux risques du voyage survient toujours l’excitation de la découverte, seule garantie d’un périple accompli et véritable.

1 BLANCHOT (Maurice), L’espace littéraire, Cher, Gallimard, coll. Folio Essai, 1988.

Julie EVEILLARD